Michel Leiris : Biffures

Il y avait surtout, emblème du terrain de manœuvre, les « paranroizeuses », dont le nom campagnard, pataugeant, pluvieux était parfaitement adéquat à cet endroit de maigre attrait sis en bordure d’une voie porteuse, elle aussi, d’un état civil sans grâce : le boulevard Suchet. Les « paranroizeuses » : condensé de treillis blancs, de godillots cloutés, de bruit mouillé de pas, de manœuvre balourde.
[…]
Les « paranroizeuses », c’était, tout uniment, quelque chose de militaire dont parlait le monologue de Polin et qui faisait, croyais-je, organiquement partie du terrain où je voyais, de temps à autre, les « pioupious » effectuer leurs manœuvres. Des « paranroizeuses » : tout comme il y a des palissades, des barricades, des balayeuses municipales, des demoiselles de paveurs, des pelles ou des brouettes de cantonniers et d’innombrables espèces, utilitaires ou non, d’objet.
Michel Leiris, Biffures (La Règle du Jeu I) [1948],
Gallimard, 1982, p. 27.

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