Roland Dubillard : Je dirai que je suis tombé

OUBLIÉE

I

Oubliée, tu n’as pris de mon escalier
que ce qu’il te fallut pour t’enfuir ;
que ce qu’il te fallut.
Et, ce qu’il te fallait, toi, tes pieds
et toute la nature,
Oubliée, tu l’as pris tout entier.

Je reste, mesuré, dans ma demi-mesure,
par ton regard noir, par l’oubli-la mémoire,
par le noir, noir par moi comme par ma moitié.
Ma moitié mange en moi moi mon autre moitié.
Je suis debout dans le crépuscule-encrier,
face à gauche mon œuf et mon vœu face à droite,
face au milieu pareil au miroir des pirouettes,
face à face mon double et ma moitié Mireille
Oubliée mon miroir mon unique roue ma brouette
ma rouille et mon char double et ma double oreille
comment t’es-tu sortie de cette nuit d’ortie
comment as-tu trouvé tes pieds parmi mes pieds
comment, comment vas-tu, comment vais-je Myriam
où vas-tu et comment vont vos enfants, madame ?

Roland Dubillard, extrait de Je dirai que je suis tombé,
Gallimard, 1966, p. 127.

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