Patrice Robin : Le Commerce du père

Le cadre de la deuxième photo est plus serré. On aperçoit un petit morceau de macadam au premier plan. Au deuxième, le trottoir devant la maison. De la marchandise y est exposée, quatre scies à bois, deux escabeaux, six fourches, une brouette, deux bassins pour faire boire les vaches, de la chaîne pour les attacher et quelques bottes de fil de fer barbelé pour les enfermer. C’est vendredi, jour de marché. Ma mère et Jacqueline, la vendeuse, posent au troisième plan devant la porte de la quincaillerie. Une vitrine a été percée, une affiche placardée à l’intérieur pour annoncer la foire commerciale de Châtillon-sur-Sèvre. La petite ville changera de nom en 1965. Au-dessus de la vitrine, une enseigne lumineuse aux armes des machines à laver Atlantic. Le « P. ROBIN Quincaillier » en fer forgé noir, scellé au fronton du magasin et dont quelques clients malins disent parfois qu’il n’y aura même pas besoin de le faire changer quand le fiston prendra la suite, n’est pas dans le cadre. La fenêtre du rez-de-chaussée a été agrandie. Trois jardinières de fleurs sont posées sur son rebord. C’est notre salle à manger. À l’extrême droite de la photo, le garage voisin que mes parents ont racheté. Le portail en tôle est ouvert. Il a résonné tout au long de mon adolescence sous mes tirs au but. Jacqueline plisse les yeux. Peut-être est-ce l’été, les vacances scolaires. Peut-être ai-je aidé à sortir la marchandise. Peut-être suis-je le photographe.

Patrice Robin, Le Commerce du père,
P.O.L., 2009, pp. 64-65.

 

Son style et sa syntaxe s’améliorent. Je suis très surpris d’avoir reçu une facture de deux roues de brouette à payer fin septembre, au total pour les roues de brouette, j’en ai commandé 3 depuis le début de l’année les deux dernières que j’ai reçues ont été acquittées fin mai avant qu’elles ne soient en ma possession alors je ne vois nullement pourquoi j’accepterais cette dernière facture. Veuillez m’envoyer votre représentant que nous mettions ça au clair.

Ibid., p. 101.

 

Le lundi 22 novembre la page est à demi déchirée. Un certain David, demeurant en haut de la côte, route de Beaupréau à Cholet, n’a probablement pas été livré de sa brouette.

Ibid., p. 109.
[contribution de Fabrice Lefaix]

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