Henry Fèvre : Monsieur Pophilat, grand homme

Et tout ce confortable, à qui le devait-on ? À leur fils, à leur cher Anatole. Voilà ce que c’est aussi, il lui avaient inculqué une bonne éducation. Ne me parlez pas de ces parents toujours à dorloter et à alanguir leurs enfants qui ne leur en savent pas gré et, habitués à se voir servir, deviennent des propres à rien. Eux, ils avaient dit à Anatole : « Il n’y a pas le sou à la maison, te voilà dans tes quatorze ans, tu possèdes ton alphabet, tes quatre règles, tu es vacciné, tu as des bras pour travailler, tu as des jambes pour t’en aller, profites-en et va voir ailleurs si nous y sommes. » Alors Anatole était devenu pharmacien. Oh ! pas tout de suite, bien sûr ; on ne devient pas comme ça évêque ou général, le temps de la pousse d’un champignon ; pharmacien non plus, pardi. Mais le gosse avait travaillé. Il avait d’abord rincé les bocaux chez un pharmacien de la ville, même il les rinçait très bien et on aurait mangé dedans. Puis il s’était mis à étudier de lui-même dans des livres aussi gros que des pierres de taille ; son patron qui avait deviné son intelligence l’avait poussé, brouetté, lancé. Si bien qu’Anatole avait mérité un diplôme, apostillé par des ministres. Bref, voilà qu’il était devenu un monsieur, s’était marié avec la fille de son premier patron dont il avait repris le magasin.

Henry Fèvre, extrait de Monsieur Pophilat, grand homme,
Ernest Kolb, 1890, pp. 2-3.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *