Henry Miller : Le Colosse de Maroussi

Je venais tout juste de remonter en voiture, quand il se mit à pleuvoir, d’abord légèrement, puis de plus en plus fort. Lorsque nous arrivâmes aux mauvaises terres, le sol n’était plus qu’une immense étendue d’eau tourbillonnante. Ce qui, quelques heures plus tôt, était argile cuite par le soleil, sable, aridité, désert, était à présent une succession de terrasses à demi noyées, parcourues en tous sens par des cascades brunâtres et tumultueuses, par des rivières coulant dans toutes les directions et se ruant vers l’immense puisard fumant en charriant tout un chaos de morne limon, de branches cassées, de rocs éboulés, d’ardoise, de pierre de mine, de fleurs des champs, d’insectes morts, de lézards, de brouettes, de mulets, de chiens, de chats, de cabanes, de jaunes têtes de maïs, de nids d’oiseau, de tout ce qui n’avait assez d’esprit, ni de pieds, ni de racines pour résister.

Henry Miller, Le Colosse de Maroussi [1941],
traduction définitive de Georges Belmont,
Stock/Chêne, 1958, p. 217

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