Saki : Nouvelles (2)

Or le Brogue connaissait intimement le pays, pour avoir créé personnellement la plupart des brèches qu’on pouvait observer dans les talus et les haies dans un périmètre de plusieurs milles. Ses caractéristiques n’étaient certainement pas idéales pour la chasse, mais il était probablement plus sûr pour courir le renard que pour tirer une carriole sur les routes de campagne. D’après la famille Mullet, il ne craignait pas vraiment les routes, mais il avait deux ou trois objets de détestation qui provoquaient chez lui de brusques attaques de ce que Tobby appelait une maladie déviationnelle. Les bicyclettes et les automobiles le laissaient relativement indifférent, mais les cochons, les brouettes, les tas de pierre au bord de la route, les poussettes dans une rue de village, les grilles d’entrée peintes d’un blanc agressif et parfois, mais pas toujours, les nouveaux modèles de ruches le faisaient invariablement dévier de son chemin et zigzaguer comme l’éclair fourchu qui annonce l’orage.

Saki, « Le Brogue » [1914],
in Nouvelles, traduites de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 2003, p. 233.

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