Jules Renard : Nos frères farouches, Ragotte

Laveuse

Mais la grosse affaire, dans la vie de Ragotte, a toujours été le lavement du linge des autres.
Ce qui lui va le mieux, c’est d’aller à la rivière et d’en revenir. Pour qu’elle ait son air le plus naturel, il faut qu’elle soit en laveuse. Sa brouette devant ou sa hotte sur le dos, sa boîte sous un bras, le tapoir et la planche à laver sous l’autre, la mettent à l’aise et lui servent de contenance.
Elle s’adapte si bien à sa brouette qu’elles iraient toutes deux à la promenade, s’il arrivait à Ragotte de se promener. Et Ragotte est tellement lasse, des fois, quand elle revient de la rivière, qu’elle a l’air d’être ramenée par la brouette.

Jules Renard, Nos frères farouches, Ragotte [1908],
Balland, coll. « Renaissances », 1992, pp. 31-32.

 

BONNARD

 

Il est atteint comme la Dame aux camélias et ne se croit pas malade. Il sort tête nue, poitrine découverte et pousse devant lui, avec effort, un tonneau sur une brouette.
— Vous êtes imprudent, Bonnard !
— Le médecin m’a dit que j’allais mieux.
[…]
— Reposez-vous plutôt !
— Oh ! non, non, s’écrie Bonnard. En voilà assez ! On me traiterait de feignant.
Son cri le fait tousser ; il s’assied sur le brancard de sa brouette.
— Il faut rentrer à la maison, Bonnard !
Ibid., pp. 147-148.

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