Jean Giono : Le Chant du monde

La petite cliente maigre serrée dans son fichu soupesait des patates comme des fruits. On marchait dans une boue noire qui fliquait sous les pas. De chaque côté de la rue les ruisseaux coulaient rouges en roulant de grosses îles de graisse de bêtes. Le drapier avait ouvert sa porte. Il époussetait des bures qui sentaient le champ. Le boucher pendait aux crochets de sa devanture des torses de chevreaux ouverts comme des pastèques. Une petite vieille courbée lui tira la blouse. — Des tripes ? — Entrez. Il ouvrit sa porte. Il fit passer la vieille sous son bras ; il la suivit, essuyant ses grosses mains à son tablier. Un piano mécanique dansait avec ses gros pieds de cuivre pleins de grelots. Des tanneurs revenaient de l’écharnage avec des brouettes chargées de peaux.
Jean Giono, Le Chant du monde [1934],
Gallimard, « Folio », 1995, p.118-119.
[contribution de Florian Ferré]

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