Jean Amila : Au balcon d’Hiroshima

Le soleil avait disparu, mais on devait être en fin d’après-midi et il faisait de plus en plus chaud. Le nuage parabolique devait réverbérer l’intense chaleur qui provenait de la ville. C’était intenable.
Du haut de la colline, Hiroshima n’était plus qu’un immense brasier aux tisons ardents. Sans doute ne restait-il plus âme vivante dans cette agglomération de trois cent cinquante mille habitants ?
Eh bien, si ! Blaireau, qui avait la vue perçante, avait repéré la route qui sortait de la ville. Et sur la route il y avait des fourmis. Pas du tout le genre embouteillage, des petits points à peine visibles qui avançaient sur une unique colonne.
On ne pouvait distinguer aucun détail. Mais Carcasse à son tour, puis Roger monté à la rescousse, pouvaient voir également ce défilé lointain de gens qui fuyaient, sagement rangés les uns derrière les autres.
Pas une voiture, pas une brouette, les piétons d’Hiroshima fuyaient l’horreur, aussi nus que pour un Jugement dernier. De ceux-là, on le saurait plus tard, les trois quarts étaient déjà condamnés. Mais les potes du haut de la colline n’avaient encore aucune idée de ce qui se passait.
Jean Amila, Au balcon d’Hiroshima,
Gallimard, « Série noire », 1985, p.152.

 

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