Éric Chevillard : Dino Egger

Dino Egger s’est abstenu parce que son abstention créait selon lui les conditions d’une révolution totale. Dans ce vide, dans ce néant, le monde pouvait se retourner. Son tort fut de compter sur nous pour parachever le travail. Nous n’avons pas su saisir la chance qui s’offrait, nous engouffrer dans ce gouffre, effectuer les dernières manœuvres. Le ciel nous était donné sur la Terre, nous nous y sommes engagés comme dans un champ glaiseux, avec nos ânes et nos brouettes.
Ainsi fut perdue, gâchée, irrémédiablement anéantie l’œuvre de Dino Egger. Cette hypothèse en vaut une autre et mérite que l’on s’y arrête, secoués de sanglots, la tête entre les mains.

Éric Chevillard, Dino Egger,
éditions de Minuit, 2011, pp. 99-100.

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