Éric Chevillard : Choir

Il en est un pourtant que son jeûne ne tue pas, c’est Ra’oof, lequel rit maintenant de bon cœur lorsqu’il voit paraître l’un de nous, poussant sa brouette, tirant son chariot ou son wagonnet. Nous passons au large de l’endroit où il se trouve toujours retenu par le pied, comme s’il n’y avait déjà suffisamment de zones interdites à Choir. Le seul chemin praticable devient de plus en plus mince et sinueux. Mais la joie de Ra’oof nous afflige plus encore que les conditions objectives de notre infortune. Nous en ignorons la cause. Serait-ce un rire de fol ?

Éric Chevillard, Choir,
éditions de Minuit, 2010, pp. 188-189.

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