Carole Boulbès : Picabia, le saint masqué

La scénographie de Picabia ne se limitait pas à un simple règlement de compte de type dadaïste. La recherche de réciprocité et la volonté de rompre les barrières entre l’acteur et le spectateur apparaissent clairement dans le dénouement du ballet. À la fin de l’acte premier, après s’être « dénudée », Édith Von Bondorsff avait été « enlevée dans les cintres ». À l’acte suivant, elle était redescendue du septième ciel, le front auréolé d’une somptueuse couronne de mariée (faite de fleurs d’oranger). Après avoir effectué la « danse de la brouette », épisode chorégraphique lié au « déshabillage » des célibataires, la danseuse vedette regagnait son fauteuil et lançait la très symbolique couronne de fleur d’oranger à un danseur qui la déposait sur la tête d’une spectatrice connue. L’invitation était claire : pourquoi ne pas être cette femme-là ? Pourquoi ne pas être cette mariée imprévisible, infidèle et libre ?

Carole Boulbès, Picabia, le saint masqué, Jean-Michel Place, 1998, p. 78.
[contribution de Jacques Barbaut]

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