Boris Vian : Les morts ont tous la même peau

Je l’attrapai au moment où elle passait à côté de moi. Elle eut un sursaut de frayeur et ses yeux me regardaient, inquiets. J’entourai ses épaules de mon bras et je l’embrassai sans appuyer.
— Merci, petite sœur.
Aussitôt rassurée, elle me rendit mon baiser et fila dans la cuisine minuscule où je l’entendis remuer de la vaisselle et allumer le gaz. Elle chantait un air à la mode.
Je laissai ma veste là où elle était et plongeai dans un fauteuil. Plus rien dans les pattes. Vidé. Ils auraient pu me rouler dans une brouette.

Boris Vian (Vernon Sullivan), Les morts ont tous la même peau [1948],
Christian Bourgois, 1973, pp. 80-81.

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