Benjamin Péret : Le Gigot sa vie son œuvre (2)

J’étais seul dans une ruelle déserte et fétide où les pavés manquaient comme les dents dans la mâchoire d’une vieille mégère. Une brouette abandonnée en travers de la rue m’interdisait d’aller plus loin. Je déplaçai la brouette qui était en caoutchouc, et je découvris derrière elle le corps d’un homme nu jusqu’à la ceinture. Dormait-il ? Était-il mort ? Un coup de pied dans le bas des reins m’apporta la réponse : l’homme se leva et vomit à plusieurs reprises comme s’il avait le mal de mer. Il leva la tête et considéra le soleil, paraissant s’étonner de le trouver à une telle place. Peut-être s’attendait-il à ce qu’il fût à la place de la brouette !

Benjamin Péret, extrait de « Les Vagues Âmes » [1925],
Le Gigot sa vie et son œuvre [1957],
in Œuvres complètes, tome 4, José Corti, 1987, p. 56

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