Alfred Jarry : Les Minutes de sable mémorial

LE CHŒUR : Les os brisés, le fléau de la main qui pend sous la cravache de l’androgyne. Ha ! ha ! Les taupins monnayés qui ruissellent et tressautent. Un baril de pois sur la pintade du trottoir. Car tel sera par-delà les temps déserts le cuivre sphérique de nos yeux d’espoir arrachés.

LA VIEILLE gardienne d’un water-closet chante d’une voix grinçante de cigale prisonnière :

     La belle dit à l’amant :
Entrez, entrez, bergerette ;
Noire la langue muette,
Baiser de bouche qui ment ;
Et des morts dans la brouette.2

LE CHŒUR. – Passons, passons, la pluie viendra, pour un prétexte aux étoiles à se mirer sur la terre.

2. Allusion à la « brouette de la mort » dans le folklore breton (Karrick ou Karriguel ann Ankou), dit aussi « le char de l’Ankou » (voir Anatole Le Braz, La Légende de la mort, Champion, 1893, chap. II) ; les essieux ne sont jamais graissés, et le char fait un bruit effroyable. Ceux qui le voient meurent avant la fin de l’année. Un « chariot chargé de ferraille » fait du bruit qui « dure bien longtemps » à la scène 4.

Alfred Jarry, Les Minutes de Sable mémorial [1894],
« Haldernablou », acte deuxième, scène 1,
in Œuvres complètes, sous la direction d’Henri Béhar, tome II,
Classiques Garnier, « Bibliothèque de Littérature du XXe siècle », 2012, p. 145 ;
note de Paul Edwards.

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