Alfred Jarry : L’Amour absolu

XV

LA FEMME DE DIEU

Taenia solum

 

L’Esprit de Dieu était au-dessus des eaux…
A la fenêtre de la mansarde.
Toute la nuit, la voix des rossignols, héritiers de la scie négligée du notaire, dans les platanes des quinconces de Lampaul, promena ses brouettes qui réclament de l’huile.
Emmanuel Dieu n’entendit d’autres remords que cet insupportable grincement.
Il se complut à y reconnaître l’approche cahotée de la Justice.
Mais ce n’est pas à Dieu (Emmanuel) de faire à la brouette de la Justice l’aumône d’une goutte d’huile.
L’autre Dieu y jeta la larme jaune et douce du soleil.
C’en était le jour dédicataire.
Emmanuel Dieu savait si bien que par le meurtre de Varia (meurtre plus réel que la radiation de l’univers selon la chair l’expulsion hors de l’Absolu — à tout le poignard qui est l’épée de feu de l’Ange qui ferme les Paradis…), il n’avait pas tué Miriam !
AU CONTRAIRE.

Alfred Jarry, L’Amour absolu [1899],
Mercure de France, 1952, pp. 99-100.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *